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La plumasserie : Art et Métier

 

Le métier de plumassier est aujourd’hui aussi peu répandu que mal connu. Si l’on s’en tient à sa stricte définition, le plumassier est celui qui prépare, fabrique et vend des plumes ou ornements en plumes. Il utilise pour cela des plumes d’oiseaux d’élevage tels que l’autruche, le nandou, le faisan, l’aigrette, le paon ou le héron...

Mais plus qu’un simple métier, la plumasserie est un véritable art, qui s’appuie sur d’innombrables secrets de fabrication, favorisés par un savoir-faire et une maîtrise de la matière qui s’échangent discrètement de génération en génération depuis quasiment le XIIIe siècle !

Bien que les étapes de transformation soient extrêmement rigoureuses et identiques pour tous les plumassiers, l’existence de ces secrets s’est pérennisée en raison d’une rude concurrence dans ce domaine, principalement au XVIIIe et XIXe siècle, considérés comme un véritable « âge d’or » de la plumasserie.

En fait, l’histoire de la plumasserie est au départ très liée à celle de chapellerie. En effet, au XIIIe siècle, les seigneurs portaient des chapeaux ornés de plumes de paon.

Cette mode prit bientôt une telle importance qu’elle fut à l’origine de la création d’une véritable corporation : « les chapeliers de paon ». Ceux-ci déposent leurs statuts au prévôt de Paris aux alentours de 1268.

Environ 300 ans plus tard, cette corporation devient « la corporation des plumassiers ». On retrouve d’ailleurs les écrits de leurs statuts en 1577, ainsi que des renouvellements et ajouts en 1599 et en 1699. Ils sont appelés alors « maîtres plumassiers – panachiers – bouquetiers et enjoliveurs ». Leurs plumes se retrouvent un peu partout : sur les vêtements, les couvre-chefs, les costumes de scène, les coiffures, les accessoires de mode, mais aussi en tant qu’ornement de certains meubles, comme les dais ou les impériales de lit.

Vers 1890, l’utilisation de la plume devient si grande que la plumasserie acquiert un véritable statut industriel. C’est à cette époque que de nouvelles variétés de plumes sont introduites. Les plumes sont alors séparées en deux catégories : la « plume d'autruche » d’un côté et la « plume de fantaisie » de l’autre.

À Paris, on peut ainsi compter près de 800 maisons de plumasserie qui emploient 6 à 7 000 personnes. La quantité de travail est telle que les plumassiers ne s'occupent que d'une sorte de plume à la fois : un s'occupe de la plume d'autruche blanche, un autre de la noire, un autre de la couleur...

Mais toute médaille a son revers. À cette époque-là, en Amérique, cinq millions d'oiseaux sont tués annuellement pour la plumasserie. Les plumes des oiseaux de mer étant particulièrement prisées en raison de leur résistance, l'industrie de la plume est alors considérée comme l'un des facteurs responsables du déclin des populations d'oiseaux marins dans bon nombre de régions de l'Atlantique Nord.

De nombreux protecteurs de la nature se mobilisent alors, afin que seules les plumes d'oiseaux domestiques soient utilisées. Ils obtiendront finalement gain de cause, puisqu’aujourd’hui il est formellement interdit d’utiliser autre chose que des plumes de volatiles d’élevage.

Néanmoins, la seconde moitié du XXe siècle marquera un net recul de l’utilisation des plumes dans la mode, suite aux règlementations visant à protéger des espèces menacées ainsi qu’à l’abandon massif du chapeau dans les années soixante.

Rapidement, les maisons des plumassiers disparaîtront : il n’en reste aujourd’hui que trois ou quatre en France, dont la maison Lemarié et la maison Février. Moins répandues qu’auparavant, les plumes sont désormais majoritairement utilisées pour le spectacle (revues de music-hall) et la haute couture.

Mais il ne tient qu’à vous d’inverser la tendance !
Les différentes étapes de traitement des plumes
L’atelier du plumassier comprend des espaces de travail bien distincts : l’atelier de préparation, l’atelier de monture et l’atelier qui fabrique les boas et les « têtes frisées ».



Ceux-ci se répartissent les différentes étapes de préparation des plumes :

• Réception des plumes de la première main : les plumes arrivent brutes et non-traitées.

• Dégraissage dans plusieurs eaux de savon : les plumes sont plongées dans un bain d’eau savonneuse afin d’ôter la pellicule graisseuse qui leur sert de protection

• Lavage en eau claire : après le rinçage, les plumes sont traitées afin de ne pas subir d’attaques de bactéries qui pourraient les détériorer.

• Teinture : le teinturier passe ensuite à l’action en fonction les consignes du plumassier. Il attache les plumes en bouquet afin de les tremper dans un bain de couleur. Puis vient le blanchissement, afin d'enlever le plus gros de la teinture. Cette étape est suivie de la « mise en craie », ce qui signifie que les plumes sont plongées dans de l'eau chaude où l'on a détrempé du blanc d'Espagne. Une nouvelle série de lavages suit, puis la « mise au bleu », qui signifie que l’on met les plumes dans de l’eau bleue faite avec de l’indigo.

Enfin, le teinturier « ensoufre » les plumes, c’est-à-dire qu’il les recouvre de soufre pour les faire sécher.

• Une fois sèches, les plumes sont envoyées chez le plumassier. Celui-ci va d’abord procéder au délignage : il s’agit de défaire les bouquets de plumes, de les dresser pour écarter les franges, d’examiner la largeur des plumes, puis de les trier en fonction de leur aspect et de leur qualité. C’est là que leur véritable destination va se décider : les plus belles serviront à l’élaboration d’ornement pour les costumes, tandis que les moins épanouies seront tissées pour fabriquer des boas ou serviront à fabriquer des petites pièces.
• Mais avant d’être montées, les plumes passent à la vapeur afin qu’elles retrouvent leur souplesse et leur volume : on dit alors que la plume est « frimatée ».
• Puis, la plume est développée avant d’être travaillée. Elle est ainsi « mise sur queue » : cela signifie qu’un petit morceau de laiton est mis au bout de la plume afin de pouvoir la faire tenir et la travailler.
• La plume est travaillée avec un couteau à parer et/ou un couteau à friser (si besoin).
• Enfin, les plumes sont montées et assorties ensemble en fonction de la teinte et de la taille désirée.



Si les plumassiers sont de plus en plus rares dans notre pays, leur art n’en est pas moins très recherché. Il s’appuie sur des méthodes ancestrales et complexes, qui lui garantissent une certaine aura de mystère, ce qui ne fait que renforcer l’aspect distingué et remarquable de ses créations.

En vous appropriant ces créations exceptionnelles, c’est donc une part de ce mystère et de cette distinction que vous porterez sur vous !



 

 
 
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